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Le pouvoir des mots
4/04/11
J’ai eu l’occasion aujourd’hui de participer à la journée d’étude « Littérature de jeunesse, littérature pour une vie » autour de l’écriture romanesque pour les jeunes. De ce colloque très intéressant organisé par L’école des loisirs, Castor Poche-Flammarion, Gallimard Jeunesse, Casterman et le Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles, je souhaite vous faire partager une réflexion de Timothée de Fombelle lorsqu’on parle des « concurrents » du livre que sont les jeux vidéos, internet, etc. L’auteur, qui garde une confiance absolue dans le livre, évoque un jeune lecteur de son livre Vango (2010, Gallimard Jeunesse) :
Un lecteur qui me parle de Vango me dit « J’adore le moment où Vango vole au dessus de Paris » et il me fait le geste de Superman, comme ça, volant, et je cherche dans ma tête quel moment c’est ; et si je devais l’adapter au cinéma, effectivement, je devrais trancher : est-ce qu’il vole ou est-ce qu’il court, est-ce qu’il est habile ou est-ce qu’il est Spiderman ? Et là j’ai pas à trancher parce que les mots vont dire des choses à chacun différemment. La console, quand on la tourne vers la gauche, elle va vers la gauche et on va voir ce que voient tous les gens qui tournent vers la gauche.
Listen. Choose. Act.
2/06/10
N’attends pas de l’autre qu’il agisse exactement comme tu le souhaites ; si tu veux que les choses prennent une certaine direction, c’est aussi à toi de les orienter. Sans ça, tu n’as qu’à t’en prendre qu’à toi-même plutôt que blâmer celui qui se trompe peut-être, mais qui au moins essaie.
Clavier vs. papier
8/07/08
Pourquoi, alors que ce fameux « cahier » est bien réel pour moi ? Je l’ai, ce cahier où j’écris, je rature, je complète. D’ailleurs, mon cahier, ce n’est pas n’importe lequel : c’est du cahier de compèt’, avec de la moumoute et des vaches brodées…
Alors pourquoi ce cahier ne suffit pas ? Evidemment, ses pages recouvertes d’encre bleue sont bien plus personnelles. Et pourtant, ce blog l’est malgré tout. Il doit y avoir une part certaine d’exhibitionnisme là-dedans.
Peut-être qu’au fond, ces billets que je publie ici, sont des choses que je veux que l’on sache, sans pour autant oser les dire de manière directe.
Je ne sais pas.
« Se laisser porter par le vent, rester debout pourtant »
23/06/08
C’était une cabane, là-haut dans la prairie. Elle doit avoir une vingtaine d’années, à l’époque c’étaiit encore le domaine du mouton. Et puis, au fil des ans, la prairie a été laissée à l’abandon, la cabane aussi. Difficile d’y accéder, mais c’était tellement chouette… Perdue au milieu de cette « brousse », là où les parents ne s’aventuraient plus depuis longtemps. On avait entrepris de la réparer, reclouer les planches qui se détachaient. Le bois était trop abîmé, ça ne servait à rien, il y a eu des coups de marteau sur les doigts, mais peu importait. Je n’avais pas dix ans, ça avait une sorte de magie. Des plaisirs simples au goût d’enfance, défendus évidemment, mais personne ne remarquait le vol de quelques clous et le kidnapping d’un marteau le temps d’un après-midi.
Et quelques années plus tard, me réapproprier cet endroit, à moi seule cette fois. Un parcours du combattant pour y arriver. Un pied dans le trou qui sert de fenêtre, les doigts agrippés aux poutres qui tiennent le toit, et se hisser dessus. Je voyais tout, et personne ne me voyait. D’ailleurs ils n’ont jamais su, que c’était là. Cachée dans toute cette végétation qui surplombait tout le quartier, le ruisseau là-bas tout au fond, le bois qui commençait à quelques mètres à peine, la vue qui s’étendait jusqu’à la place et voir la rue serpenter. Les forêts tout autour du village, et le bruit de l’Eau d’Heure qui s’écoule. J’avais l’impression que grimper là, c’était me mettre hors du monde pour quelques heures, observer toute cette nature en spectateur extérieur.
J’en ai passé des heures, sur ce toit, à regarder. Toujours me faire avoir par le même clou qui déchirait tous mes shorts, et trouver une excuse, pour ne pas devoir dévoiler que c’était là. Si quiconque l’avait su, tout le charme de ce lieu se serait évaporé, c’était mon endroit, et ça devait le rester. Ca l’est resté. Pendant des années, j’ai passé de longs après-midi d’été là-haut, parfois avec un peu de musique, la plupart du temps sans rien. Simplement pour prendre une sorte de distance, réfléchir, me retrouver. Trouver un endroit où me ressourcer, un endroit à l’abri de tous ces obstacles au quotidien, un endroit où rien ni personne ne pouvait m’atteindre. Un défouloir aussi. J’y pleuré, crié, hurlé. Réfléchi, et souri. C’était là que je me réfugiais toujours, une fois les beaux jours arrivés. J’avais seize ans le dernier été, c’était quelques mois avant de déménager. L’été de la mort de Papy. Je lui parlais, je lui en voulais tellement de m’avoir laissée. Je racontais tout, tout ce qui se passait. Et depuis mon « accident », j’avais développé une technique, non sans mal. Mais j’y suis parvenue : arriver là-bas même avec une entorse du genou, mon attelle et mes béquilles. Pour descendre, sauter sur la jambe droite. Cet été là, il y avait un autre enjeu. Six mois après mon opération, quand j’y repense ce genre d’accrobaties aurait pu porter à conséquences, ce n’est pas ce qu’il y a de plus recommandé avec une greffe osseuse. Mais je ne me suis jamais fait vraiment mal, ça devait faire partie de la magie du lieu, puisque là-bas je me sentais tellement en sécurité. Rien n’aurait pu m’arriver.
Et c’est un endroit qui me manque, depuis que je ne vis plus là bas. Je trouverai un moyen d’y retourner cet été, dès que possible, mais toujours en cachette. C’était mon secret, et ça doit le rester. Parce que c’est le seul endroit qui m’a procuré cette sensation de me mettre à l’écart de toute l’agitation du monde, et je ne veux pas perdre ça, ni entâcher les souvenirs.
Ma cabane, c’est la plus belle.

