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Un visage d’ange
13/06/11
Aujourd’hui, Maëlle, 5 ans en août, m’a appris une chanson :
Je fais du tam-tam sur le cul de ma femme
Je lui tire les nichons pour avoir du citron
L’innocence d’un enfant, c’est si beau.
Heureusement, sa petite sœur de deux ans et demi est plus polie : elle dit « non merci » quand on l’emmène pour sa sieste.
Tu n’étais rien
22/03/10
Toute ma vie, je trébucherai sur des embûches que tu as semées sur ma route pendant des années ? Toute ma vie, je continuerai à me surprendre et à m’offenser quand tu porteras atteinte à ce que je suis, quand tu me montreras pour la énième fois à quel point ma personne ne t’intéresse pas ? Je crois que toute ma vie, je continuerai à découvrir de nouveaux côtés de moi que tu as sabotés insidieusement. Tout serait plus simple si tu dégageais simplement du paysage. Alors seulement je pourrais ne plus rien attendre de toi, ne plus avoir affaire à toi ; ne rien devoir donner à quelqu’un qui m’a toujours pris tout ce que j’avais. Quelqu’un qui m’a fait des croche-pieds à chaque fois que je me remettais sur mes jambes pour avancer. Merde, ton rôle c’était de me prendre la main pour avancer, de me pousser à affronter ce dont j’avais peur, tout en restant là pour me sécuriser. Ton rôle, je ne sais pas ce que c’était. Probablement l’exact inverse de ce que tu as été. Mais non, tu n’étais rien. Simplement absent, même dans les rares moments où tu étais là physiquement. Qu’est-ce que des gosses pouvaient avoir qui vaille un tant soit peu que tu leur porte de l’intérêt ? Le plus simplement du monde, on était TES gosses. Du moins en théorie. Et tu attends de nous qu’on soit là pour toi maintenant, qu’on t’apporte ce que tu n’as jamais daigné nous accorder. Tu es celui qui a bousillé ma vie dès le départ, celui qui ne m’a jamais laissé aucune chance de m’en sortir. Mais j’y arrive chaque jour un peu plus. Tu n’es qu’une ordure. Tu n’avais aucun droit de faire ce que tu as fait, et de la même manière, de conditionner tout mon futur. Bon sang, ce que je voudrais pouvoir te haïr.
Give Kids a Chance
17/07/09
Plaisirs d’enfance
6/09/08
Assise dans une manne de linge et m’endormir en regardant tourner la machine à laver
Faire de la popote avec des plantes, du sable, de la terre et de l’eau
Rentrer à pieds de l’école, toute seule
Le dimanche matin dans un coin de la bibliothèque de Jamioulx
La veille de Noël avec toute la famille M.
La lampe de poche pour lire dans mon lit, en cachette
Le Nutella à la petite cuillère
Sauter dans les flaques d’eau
Marcher sur une couche de gel qui craque
Les feuilles qui crissent sous les pieds en automne
Une semaine de luge du matin au soir dans cette prairie avec eux
Etre promenée en brouette tout autour de la maison de famille
Y cueillir les framboises et groseilles depuis le mur et voir le train passer en contrebas
Grimper dans le cerisier
…
Apprends-moi à en rire
9/08/08
Faudra qu’tu m’apprennes à en rire
Maintenant qu’tu es parti là-haut
Il n’y a sûrement rien de plus beau
Et j’sais qu’plus rien n’te fait souffrir
Mais faut qu’tu m’apprennes à en rire
Moi, j’regarde le ciel de la terre
Et y a toujours ce goût amer
Tant de choses encore à te dire
(…)
Allez, aide-moi à en rire
Ca doit être beau dans les nuages
Les blancs, les vrais, sans grise mine
Ici, avec tout c’qu’on dégage
Ceux qui restent sortent des usines
Dis, si tu peux m’en envoyer un
Que je protèg’rai dans un coin
J’irai l’voir que pour respirer
J’f'rai tout pour pas l’contaminer
Mais faut qu’tu m’apprennes à en rire
Tu rendais lointain l’avenir
Où l’air pur prend congé des vivants
Pour faire vivre le ciel, il est drôle, le temps
(…)
Que l’on soit aussi fier de moi
Que je peux l’être de toi
[Vieux dessin...]
« Se laisser porter par le vent, rester debout pourtant »
23/06/08
C’était une cabane, là-haut dans la prairie. Elle doit avoir une vingtaine d’années, à l’époque c’étaiit encore le domaine du mouton. Et puis, au fil des ans, la prairie a été laissée à l’abandon, la cabane aussi. Difficile d’y accéder, mais c’était tellement chouette… Perdue au milieu de cette « brousse », là où les parents ne s’aventuraient plus depuis longtemps. On avait entrepris de la réparer, reclouer les planches qui se détachaient. Le bois était trop abîmé, ça ne servait à rien, il y a eu des coups de marteau sur les doigts, mais peu importait. Je n’avais pas dix ans, ça avait une sorte de magie. Des plaisirs simples au goût d’enfance, défendus évidemment, mais personne ne remarquait le vol de quelques clous et le kidnapping d’un marteau le temps d’un après-midi.
Et quelques années plus tard, me réapproprier cet endroit, à moi seule cette fois. Un parcours du combattant pour y arriver. Un pied dans le trou qui sert de fenêtre, les doigts agrippés aux poutres qui tiennent le toit, et se hisser dessus. Je voyais tout, et personne ne me voyait. D’ailleurs ils n’ont jamais su, que c’était là. Cachée dans toute cette végétation qui surplombait tout le quartier, le ruisseau là-bas tout au fond, le bois qui commençait à quelques mètres à peine, la vue qui s’étendait jusqu’à la place et voir la rue serpenter. Les forêts tout autour du village, et le bruit de l’Eau d’Heure qui s’écoule. J’avais l’impression que grimper là, c’était me mettre hors du monde pour quelques heures, observer toute cette nature en spectateur extérieur.
J’en ai passé des heures, sur ce toit, à regarder. Toujours me faire avoir par le même clou qui déchirait tous mes shorts, et trouver une excuse, pour ne pas devoir dévoiler que c’était là. Si quiconque l’avait su, tout le charme de ce lieu se serait évaporé, c’était mon endroit, et ça devait le rester. Ca l’est resté. Pendant des années, j’ai passé de longs après-midi d’été là-haut, parfois avec un peu de musique, la plupart du temps sans rien. Simplement pour prendre une sorte de distance, réfléchir, me retrouver. Trouver un endroit où me ressourcer, un endroit à l’abri de tous ces obstacles au quotidien, un endroit où rien ni personne ne pouvait m’atteindre. Un défouloir aussi. J’y pleuré, crié, hurlé. Réfléchi, et souri. C’était là que je me réfugiais toujours, une fois les beaux jours arrivés. J’avais seize ans le dernier été, c’était quelques mois avant de déménager. L’été de la mort de Papy. Je lui parlais, je lui en voulais tellement de m’avoir laissée. Je racontais tout, tout ce qui se passait. Et depuis mon « accident », j’avais développé une technique, non sans mal. Mais j’y suis parvenue : arriver là-bas même avec une entorse du genou, mon attelle et mes béquilles. Pour descendre, sauter sur la jambe droite. Cet été là, il y avait un autre enjeu. Six mois après mon opération, quand j’y repense ce genre d’accrobaties aurait pu porter à conséquences, ce n’est pas ce qu’il y a de plus recommandé avec une greffe osseuse. Mais je ne me suis jamais fait vraiment mal, ça devait faire partie de la magie du lieu, puisque là-bas je me sentais tellement en sécurité. Rien n’aurait pu m’arriver.
Et c’est un endroit qui me manque, depuis que je ne vis plus là bas. Je trouverai un moyen d’y retourner cet été, dès que possible, mais toujours en cachette. C’était mon secret, et ça doit le rester. Parce que c’est le seul endroit qui m’a procuré cette sensation de me mettre à l’écart de toute l’agitation du monde, et je ne veux pas perdre ça, ni entâcher les souvenirs.
Ma cabane, c’est la plus belle.


