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Clavier vs. papier
8/07/08
Un article écrit pour Commune Langue me pousse à m’interroger – comme je l’ai d’ailleurs déjà souvent fait – sur le pourquoi d’un blog. Pourquoi écrire ici, comme ça, à la vue de tous ?
Pourquoi, alors que ce fameux « cahier » est bien réel pour moi ? Je l’ai, ce cahier où j’écris, je rature, je complète. D’ailleurs, mon cahier, ce n’est pas n’importe lequel : c’est du cahier de compèt’, avec de la moumoute et des vaches brodées…

Alors pourquoi ce cahier ne suffit pas ? Evidemment, ses pages recouvertes d’encre bleue sont bien plus personnelles. Et pourtant, ce blog l’est malgré tout. Il doit y avoir une part certaine d’exhibitionnisme là-dedans.
Peut-être qu’au fond, ces billets que je publie ici, sont des choses que je veux que l’on sache, sans pour autant oser les dire de manière directe.
Je ne sais pas.
Pourquoi, alors que ce fameux « cahier » est bien réel pour moi ? Je l’ai, ce cahier où j’écris, je rature, je complète. D’ailleurs, mon cahier, ce n’est pas n’importe lequel : c’est du cahier de compèt’, avec de la moumoute et des vaches brodées…
Alors pourquoi ce cahier ne suffit pas ? Evidemment, ses pages recouvertes d’encre bleue sont bien plus personnelles. Et pourtant, ce blog l’est malgré tout. Il doit y avoir une part certaine d’exhibitionnisme là-dedans.
Peut-être qu’au fond, ces billets que je publie ici, sont des choses que je veux que l’on sache, sans pour autant oser les dire de manière directe.
Je ne sais pas.
« And all I can do is try »
30/06/08
Pour une fois, ça n’a rien changé. D’habitude, écrire, chercher les bons mots pour exprimer les choses, me fait du bien, un soulagement. Ca vient plus facilement sur une page virtuelle, en laissant mes doigts courir sur le clavier. Mais dans le cas présent, ça ne se présentait pas comme ça. Peut-être parce que c’était tout à fait différent de d’habitude, à la fois plus personnel et à la fois ça ne concerne pas que moi. Quand il ne s’agit que d’états d’âme, c’est plus facile en un sens. Trouver les mots adéquats, se soulager d’un poids, et pouvoir décider de penser ou d’agir autrement.
Mais ici, rien de cela. Un cahier dont les pages se couvrent d’encre bleue, et pourtant, dans ma tête, rien ne change. L’impression de ne pas avoir trouvé les mots pour exprimer ça. Et surtout, c’est une inquiétude qui reste latente, des phrases bien agencées ou la volonté de me prendre en mains jamais ne feront peur à un cancer. Ce n’est pas ça qui ôtera les métastases du cerveau de quelqu’un qu’on aime, même si l’on a jamais été vraiment proches.
Mais bizarrement, ce n’est pas ça que j’ai le plus de mal à supporter. Au contraire. Peut-être le fait de savoir que je ne suis pas impliquée là-dedans, que je ne peux absolument rien y changer. Bien sur j’ai peur. Mais même s’il n’a été diagnostiqué qu’il y a un an, il y a longtemps que cette famille s’attendait à ce cancer. Rémission depuis la fin de la chimiothérapie en novembre, mais je crois qu’un retour de flammes pour la vie qu’il a menée n’est une surprise pour personne. Alors je suis zen. Je n’imagine pas vraiment que ça pourrait mal tourner, et c’est mieux. J’y serai peut-être forcée dans quelques temps, en voyant l’évolution des choses et les résultats de l’opération, mais il sera temps d’aviser à ce moment là – si ce moment se présente. Je ne veux pas qu’une inquiétude irrationnelle vienne gâcher la fierté de tout le chemin que j’ai parcouru, qu’elle vienne entacher ce sentiment tout neuf d’être suffisamment forte.
Alors non, je ne m’inquiète pas particulièrement, une fois le choc passé. Disons plutôt que divers éléments comme celui-là préparent le terrain à des moments plus difficiles, des coups de cafard qui sont plus fréquents pour le moment. Et dans un certain sens, une culpabilité, ou du moins un malaise, du fait d’être plus préoccupée par la raison de ces coups de cafard que par l’état de santé de mon oncle. D’être plus vulnérable à propos de ça. Y penser tellement, sourire pour certaines choses et être triste pour d’autres. Je n’arrive pas à trouver de stabilité dans cette histoire, impression d’être toujours exposée au grand vent, et vaciller à la moindre bourrasque. Si c’était à refaire pourtant, je voudrais que tout se passe de la même façon, ou presque. Je me vois changer de point de vue, je me sens commencer à apprivoiser celle que je suis, m’apprécier telle que je suis, plutôt que toujours vouloir être une autre, et me fuir moi-même, m’effacer à cause du sentiment que moi, seulement moi, ça ne suffit pas. Je prends conscience que je peux avoir de la valeur, mais il a fallu le voir dans les yeux de quelqu’un d’autre pour y croire. Voilà pourquoi je ne reviendrais pas en arrière, même si la situation telle qu’elle est ne me convient visiblement pas. Et c’est probablement pour ça aussi que je voudrais plus, même si je sais qu’il faut que j’arrête d’espérer comme ça, les choses étant claires. Il y a un goût de trop peu, et un goût de « ça pourrait être bien ».
Mais ici, rien de cela. Un cahier dont les pages se couvrent d’encre bleue, et pourtant, dans ma tête, rien ne change. L’impression de ne pas avoir trouvé les mots pour exprimer ça. Et surtout, c’est une inquiétude qui reste latente, des phrases bien agencées ou la volonté de me prendre en mains jamais ne feront peur à un cancer. Ce n’est pas ça qui ôtera les métastases du cerveau de quelqu’un qu’on aime, même si l’on a jamais été vraiment proches.
Mais bizarrement, ce n’est pas ça que j’ai le plus de mal à supporter. Au contraire. Peut-être le fait de savoir que je ne suis pas impliquée là-dedans, que je ne peux absolument rien y changer. Bien sur j’ai peur. Mais même s’il n’a été diagnostiqué qu’il y a un an, il y a longtemps que cette famille s’attendait à ce cancer. Rémission depuis la fin de la chimiothérapie en novembre, mais je crois qu’un retour de flammes pour la vie qu’il a menée n’est une surprise pour personne. Alors je suis zen. Je n’imagine pas vraiment que ça pourrait mal tourner, et c’est mieux. J’y serai peut-être forcée dans quelques temps, en voyant l’évolution des choses et les résultats de l’opération, mais il sera temps d’aviser à ce moment là – si ce moment se présente. Je ne veux pas qu’une inquiétude irrationnelle vienne gâcher la fierté de tout le chemin que j’ai parcouru, qu’elle vienne entacher ce sentiment tout neuf d’être suffisamment forte.
Alors non, je ne m’inquiète pas particulièrement, une fois le choc passé. Disons plutôt que divers éléments comme celui-là préparent le terrain à des moments plus difficiles, des coups de cafard qui sont plus fréquents pour le moment. Et dans un certain sens, une culpabilité, ou du moins un malaise, du fait d’être plus préoccupée par la raison de ces coups de cafard que par l’état de santé de mon oncle. D’être plus vulnérable à propos de ça. Y penser tellement, sourire pour certaines choses et être triste pour d’autres. Je n’arrive pas à trouver de stabilité dans cette histoire, impression d’être toujours exposée au grand vent, et vaciller à la moindre bourrasque. Si c’était à refaire pourtant, je voudrais que tout se passe de la même façon, ou presque. Je me vois changer de point de vue, je me sens commencer à apprivoiser celle que je suis, m’apprécier telle que je suis, plutôt que toujours vouloir être une autre, et me fuir moi-même, m’effacer à cause du sentiment que moi, seulement moi, ça ne suffit pas. Je prends conscience que je peux avoir de la valeur, mais il a fallu le voir dans les yeux de quelqu’un d’autre pour y croire. Voilà pourquoi je ne reviendrais pas en arrière, même si la situation telle qu’elle est ne me convient visiblement pas. Et c’est probablement pour ça aussi que je voudrais plus, même si je sais qu’il faut que j’arrête d’espérer comme ça, les choses étant claires. Il y a un goût de trop peu, et un goût de « ça pourrait être bien ».
