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5 ans
4/07/10
Je me souviens de quand j’étais petite… Un jour, tu m’as dit « Moi je suis jeune, je ne serai jamais vieux ! Tu vois, Aurore, ton Papy il ne sera jamais vieux ! » Et moi je t’ai cru. Parce que tu n’étais pas un grand-père comme les autres, t’étais mon grand-père à moi et je n’avais aucune raison de ne pas te croire.
J’ai encore toutes les images en tête… Toi sur le toit, en train de le réparer. Moi dans une brouette pendant que tu me promènes autour de la maison. Nous deux courant derrière les canards. Toi qui ronflais quand tu nous emmenais au cinéma, Cédric et moi.
Je me vois encore, assise par terre, buvant tes paroles. Tu étais assis dans ton fauteuil et tu me racontais tes voyages en feuilletant les albums photos…
Je me souviens aussi de quand tu venais nous garder le soir… Tu t’endormais devant la télé et alors, avec Cédric, on descendait dévorer tout ce qui nous tombait sous la main !Ce sont tous ces souvenirs-là que je garderai de toi. Des souvenirs d’un Papy fou de ses petits enfants et arrière petits enfants. D’un Papy que j’adorais et admirais.
C’est de ça que je me souviendrai… Parce que ces derniers mois, tu n’étais plus vraiment toi. Tu étais si différent du Papy de mon enfance, de mon vrai Papy. Toi, mon Papy, celui que j’ai toujours connu, c’est celui qui était maître de ses actes et de ses pensées. C’est celui qui me gardait quand j’étais malade. C’est celui qui me gavait de pistaches et qui me prenait par la main pour aller chercher des œufs dans le poulailler. C’est celui qui est là, dans mon cœur et qui n’en sortira jamais.Et puis je sais que tu voudrais qu’on garde de toi une image positive, pas celle que t’avait donnée cette satanée maladie.
On voudrait que ça n’arrive qu’aux autres, mais ça vous tombe dessus, comme ça. On n’y peut rien, on ne choisit pas.
Je sais que tu es mieux là haut, qu’ici c’était devenu trop pénible. Si c’était le bon moment pour toi, alors ça l’était aussi pour moi. Pourtant, égoïstement, je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Parce que, même si tu es et seras toujours dans mon cœur, tu me manques énormément et c’est difficile de ne plus t’avoir près de moi.
Mais je suis sûre qu’où que tu sois, tu continueras à veiller sur moi. Sur nous…
Tu seras en quelque sorte ma bonne étoile !
Ce n’est pas un adieu, juste un au revoir. Parce que je sais qu’à un moment ou à un autre, on se reverra.Je t’aime, Papy.
(4 juillet 2005)
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Six heures quatre. Caravane. Une rose rouge foncé. Cinq ans qui pourraient être cinq mois.
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Je sais que cette photo peut sembler atroce. Pour moi, elle est simplement magnifique, témoin d'un moment tellement chargé en émotions. De l'amour et de la tendresse à l'état pur.
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Tu me manques, pour toujours.
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Tu n’étais rien
22/03/10
Toute ma vie, je trébucherai sur des embûches que tu as semées sur ma route pendant des années ? Toute ma vie, je continuerai à me surprendre et à m’offenser quand tu porteras atteinte à ce que je suis, quand tu me montreras pour la énième fois à quel point ma personne ne t’intéresse pas ? Je crois que toute ma vie, je continuerai à découvrir de nouveaux côtés de moi que tu as sabotés insidieusement. Tout serait plus simple si tu dégageais simplement du paysage. Alors seulement je pourrais ne plus rien attendre de toi, ne plus avoir affaire à toi ; ne rien devoir donner à quelqu’un qui m’a toujours pris tout ce que j’avais. Quelqu’un qui m’a fait des croche-pieds à chaque fois que je me remettais sur mes jambes pour avancer. Merde, ton rôle c’était de me prendre la main pour avancer, de me pousser à affronter ce dont j’avais peur, tout en restant là pour me sécuriser. Ton rôle, je ne sais pas ce que c’était. Probablement l’exact inverse de ce que tu as été. Mais non, tu n’étais rien. Simplement absent, même dans les rares moments où tu étais là physiquement. Qu’est-ce que des gosses pouvaient avoir qui vaille un tant soit peu que tu leur porte de l’intérêt ? Le plus simplement du monde, on était TES gosses. Du moins en théorie. Et tu attends de nous qu’on soit là pour toi maintenant, qu’on t’apporte ce que tu n’as jamais daigné nous accorder. Tu es celui qui a bousillé ma vie dès le départ, celui qui ne m’a jamais laissé aucune chance de m’en sortir. Mais j’y arrive chaque jour un peu plus. Tu n’es qu’une ordure. Tu n’avais aucun droit de faire ce que tu as fait, et de la même manière, de conditionner tout mon futur. Bon sang, ce que je voudrais pouvoir te haïr.
On devait dominer le monde, tu te souviens ?
25/10/09
Ces jours et ces nuits sans toi sont interminables et désespérément vides. J’ai perdu celui que j’aime, j’ai perdu mon meilleur ami. Deux jours que je suis en apnée, en attendant ton prochain appel, j’espère. Ne pas te contacter. Je suis donc seule, ici où je ne connais personne. Aucun sms, aucun mail, aucun appel reçu. La solitude n’est pas qu’une impression. Seule avec cette souffrance qui me dépasse, personne ne me demande même de mes nouvelles. « Ce sont tes amis aussi ». Mais ils passent leurs journées avec toi, ont à peine une pensée pour moi, mis à part quand je suis en face d’eux, rien, nada. Même B, que je connaissais avant de te connaître (contrairement aux autres) ne m’a pas adressé un mot, comme si on ne pouvait montrer du soutien qu’à une personne et pas à deux. Question de loyauté, je ne sais pas, toujours est il qu’ils ont tous fait un choix, conscient ou non, un choix qui fait que tu passes tes journées occupé et entouré, sachant qu’il te suffit de faire un geste pour qu’on soit là pour toi. On te trouve courageux. Dans un certain sens, oui, c’est vrai. Mais par contre personne ne pense aux conséquences de ce courage, on te soutient parce que tu as montré de la force et que tu as pris une décision. Mais on était deux dans cette histoire. Ca y est, je n’existe plus ? C’est toujours toi le plus attentif, celui qui se soucie le plus de moi. Quand tu m’as quittée, je pensais au moins être entourée…
Je sais que couper les contacts était nécessaire, il fallait que tu prennes du recul. Mais bon sang ce que c’est douloureux. Je suis jalouse d’eux qui continuent à passer du temps avec toi ; je suis jalouse de toi parce que contrairement à la mienne, ta vie continue ; je suis jalouse de tous ces couples qui sont toujours unis, malgré les moments difficiles ; je suis jalouse de Machin Jaune qui partage toujours tes nuits. Tu me manques tant que ça en est douloureux, même physiquement. J’ai viscéralement l’impression de crever en pensant à tous ces projets qu’on avait. En voyant que désormais, mon futur est un gigantesque point d’interrogation dans un trou noir. Il n’y a que toi qui pourrait me faire aller mieux, et je ne sais pas si tu le feras. Mais merde, comment est-il possible que tu envisages de tourner la page sur notre histoire ?
Reviens…
30/08/09
Je ne veux pas que tu t’en ailles
22/08/08
Jamais elle n’avait eu peur de la mort, tant qu’elle restait loin. Mais je sais que cette fois ce n’est plus pareil, son discours a changé et ça me terrifie. Depuis toujours, de mes quatre grands-parents, c’est d’elle dont je suis la plus proche, plus encore que de Papy. Quand j’habitais encore Jamioulx, je la voyais presque tous les jours. Elle m’a gardée et chouchoutée des centaines d’heures, encore et encore. Jouer aux cartes, manger des crêpes, la bouillotte sur mes pieds et la couverture qu’elle déposait sur moi pour que je n’aie pas froid. Ses repas infâmes et ses frites délicieuses. Les déguisements qu’elle me cousait pour le carnaval, mes dessins accrochés sur ses murs.
Cette année, elle avait les larmes aux yeux chaque fois que je la voyais. Elle s’est mise aux sms qu’elle m’envoyait régulièrement à Bruxelles, alors qu’en huit ou neuf ans elle n’avait toujours pas réussi à se servir de son gsm. Des photos, toujours des photos qu’elle regarde tant qu’elle pourrait les user. Lui imprimer des photos de tout le monde, comme si elle voulait s’entourer de nous, même sur des images qui recouvrent les murs de sa cuisine.
Je ne sais pas comment je réagirai, le jour où… J’ai toujours occulté ça, comme si croire qu’elle serait toujours là rendrait ma Mamy immortelle.
4 juillet 2005.
4/07/08
Le 4 juillet 2005, mon grand-père est mort, au terme d’une maladie qui l’a complètement changé, une maladie qui m’avait déjà pris le Papy de mon enfance. Aujourd’hui, pour la première fois le jour de cet anniversaire, je vais bien. Je suis seule à la maison et la nuit a été courte pour diverses raisons, mais j’ai le moral, et le sourire. Je me sens bien, vraiment. Même si ce fut difficile ces derniers jours. Parce que la période du 26 juin au 4 juillet est difficile pour moi, chaque année.
Le 26 juin 2005, j’ai appris d’un seul coup que son état de santé était mauvais depuis un mois, qu’il lui restait au maximum 24 à 48 heures à vivre. J’ai alors pris conscience que mes parents avaient pris le risque que je ne puisse jamais lui dire au revoir, pour préserver mes examens et ma semaine à Paris.
Le lendemain, lundi 27, reste mon plus beau souvenir avec lui, même si c’est sans conteste le plus déchirant. Un concentré d’émotions. J’y repense avec les yeux humides, mais avec un sourire sur les lèvres et le coeur apaisé. Ce jour-là, on a fait une photo de nous deux. C’était symbolique aussi, la photographie étant sa passion de toujours. C’est la seule photo que j’ai avec lui, et même si elle choque beaucoup de gens, pour moi elle est splendide. Parce que ce moment avec lui était magnifique. L’espace de quelques minutes, il est redevenu mon Papy, celui qu’il n’était plus à cause d’Alzheimer, même si je suis la seule dont il s’est souvenu jusqu’au bout, la seule qu’il reconnaissait, celle qu’il réclamait. Ce jour-là, même s’il n’avait plus même la force de parler énormément de choses se sont passées, et après cela il s’est enfin apaisé. C’était un moment hors du temps, dont je me souviendrai toujours. Un au revoir magnifique, que je ne peux exprimer par des mots. Et pour moi, c’est tout cela que cette photo représente.
A partir de là, il est resté inconscient ou presque jusqu’à la fin. Mais j’ai continué à passer plusieurs heures par jour à ses côtés, à lui parler. J’ai pu lui dire tout ce que j’avais à lui dire avant qu’il ne parte, et ça me permet de vivre sans regrets.
Finalement, les quelques heures de vie qu’on lui donnait encore se sont prolongées une semaine durant. Le samedi, j’ai décidé que ça devenait trop pour moi, et que je lui avais dit tout ce que je ne lui avais pas dit en seize ans de vie sous son regard protecteur et émerveillé. J’ai décidé que le moment était venu pour moi de lui dire au revoir pour de bon, parce que continuer à venir sans savoir s’il serait toujours vivant quand j’arriverais dans sa chambre m’aurait détruite. Caravane passait dans les couloirs à ce moment là ; chanson que j’ai entendue de nombreuses fois par hasard à des moments symboliques pour lui et moi depuis lors, et qui restera emblématique. Ce samedi-là, j’ai fait mes adieux à celui qui a le plus été un père pour moi. Il est parti dans la nuit du dimanche au lundi, vers 3 heures 15. C’est à 6 heures 04 que le téléphone a sonné à la maison, et j’ai su. C’était un soulagement, parce qu’il souffrait beaucoup. Mais mon monde s’est écroulé. Un jour, j’arriverai à ne pas détourner les yeux quand ces chiffres menacent de s’afficher sur mon réveil – toujours le même qu’à l’époque, d’ailleurs il était à lui, avant.
Il m’a fallu des mois pour me reconstruire, et des moments très difficiles. Mais j’ai énormément avancé en l’espace de trois ans, en partie grâce à lui. Et si aujourd’hui je vais bien, contrairement aux années précédentes, c’est parce qu’il y a deux mois, j’ai enfin commencé à faire mon deuil, à accepter qu’il ne soit plus là et que la majeure partie de ma vie se fera sans lui. Mais le souvenir que j’ai de lui restera, et rien ni personne ne pourra me l’enlever, parce que c’est l’un des plus précieux trésors que je possède. Et même si c’est une période difficile à traverser, elle l’est un peu moins chaque année, et cette semaine-là est ma plus grande fierté, pour tout ce que l’on a pu partager et s’apporter mutuellement.

