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Lylo.be - Part 18

Exutoire


Tenir le coup, péniblement. Toujours sur le fil, la pression augmente. Plus qu’un bon mois à tenir, mais c’est le pire, et tout s’accumule depuis des mois, le stress, les tensions, la fatigue. Besoin d’un break, de ne rien faire. J’ai peur de craquer avant la fin, comme ça m’est arrivé tant de fois. Je ne parviens pas à m’accorder un droit à l’erreur, personne n’est plus exigeant envers moi que je ne le suis moi-même. Eux ne me mettent pas la pression, moi si. Je me sens déjà tellement coupable de voir tout le monde se serrer la ceinture, faire de plus en plus de sacrifices, avoir du mal à boucler le mois, tout ça à cause de mes études. Je ne m’autorise pas à rater cette année, j’ai déjà trop conscience que je n’aurai peut-être pas la possibilité d’en faire cinq.

Voilà, c’est fini, enfin pouvoir me consacrer aux examens puisqu’il n’y a « plus que » ça. Une semaine difficile, stressante, épuisante, et je suis tellement à bout.
Mais je dois tenir, ce n’est pas comme si j’avais le choix. Alors je passerai au dessus de ça, comme je suis toujours passée au dessus des obstacles qui se présentaient, même si c’était parfois difficile. J’ai déjà fait tant et tant de choses dont je me croyais incapable, celle là devra en être une autre ; et pas la possibilité de mettre un conditionnel là-dessus, pas de « peut-être » qui tienne.

Et dans toute cette fatigue, un spleen qui revient, des pensées qui tournent dans ma tête, et tout à coup une évidence, alors que depuis plusieurs mois j’avais toutes les cartes en mains pour le comprendre. Pourquoi aujourd’hui, je n’en sais rien. Toujours est-il que depuis quelques années, elle m’a répété plusieurs fois qu’elle avait beaucoup souffert de ne pas avoir été une enfant désirée par sa mère, voire pire. Sauf qu’en fait, elle a fait pareil avec moi.
Certes, le contexte est différent. Mais difficile de ne pas penser qu’elle a fait un gosse sous la contrainte, ou par pitié. Pitié pour un mari en train de perdre la vue, et qui voulait un deuxième enfant. Qui voulait à tout prix avoir la possibilité de voir cet enfant – moi, ou qui que « je » sois finalement – avant de devenir totalement aveugle. Des intentions louables, quelle philanthropie de sa part. C’était quoi, accéder à une sorte de dernière volonté ?

Et puis lui, qui maintenant est totalement aveugle. Que j’ai encore du mal à voir sans ses lunettes, tellement il me parait nu comme ça. Qui aura son chien guide d’ici la fin du mois. Mais j’ai déjà eu un tel choc les premiers mois où je le voyais avec sa canne blanche, je ne sais pas comment je réagirai à la vue du fameux harnais blanc.

Sortir la tête de l'eau


Un gros coup de mou. Suffoquer, se débattre tant et tant qu’au final on n’a plus qu’une envie, se laisser aller. Tout envoyer valser, laisser tomber parce que trop, c’est trop. Remettre en cause les sept derniers mois, y mettre un terme. Un point, mais quelle majuscule suivrait ?
Une grosse crise d’agoraphobie, l’angoisse à l’idée de voir des gens, connus ou non, depuis maintenant cinq jours. Ca n’était arrivé qu’une seule fois dans ma vie, il y a environ quatre ans. Période sombre, parmi d’autre. J’ai pris peur, peur que tout recommence, une fois de plus.
Alors je me suis retirée dans ma bulle. J’ai pris du recul, pour y voir plus clair. Bénéfique, ce n’est pas fini, mais même si l’équilibre retrouvé est encore instable, ça va beaucoup mieux.
Je m’accroche, pour continuer cette année, la finir. Ne pas se projeter trop loin, attendre de voir.

On se relève et on regarde devant soi


Ca va. Ca va mieux, et ça fait du bien. Même ce matin, ça m’a juste énervée, j’ai passé la première heure du cours de grammaire à grogner, mais simplement énervée. Pas triste. Juste que ça faisait du bien d’évacuer en bougonnant. Avec elles deux à côté qui en rajoutaient, « t’as raison, franchement ça se fait pas ». Le gsm qui vibre, oui, il faudrait que j’arrive à me rentrer dans la tête que j’ai des amis qui tiennent à moi, qui m’apprécient telle que je suis. Même L., tiens, ses sms toujours perdus, et maintenant ça me fait rire. Parce que j’en ai pris mon parti, que finalement il ne donne signe de vie que quand il a besoin d’une info. Je n’attends plus rien, et ça rend les choses plus faciles.

Comprendre aussi que je dois commencer à faire mon deuil. Au bout de deux ans et neuf mois, il faut que j’accepte que c’est fini, vraiment, qu’il est mort et qu’il ne reviendra pas. Que j’accepte que si la douleur s’estompe, ce n’est pas pour autant que les souvenirs s’étioleront. De toute façon je n’ai pas le choix, les souvenirs sont tout ce qu’il me reste. Et ça ne peut plus durer, même si c’est un peu mon papa que j’ai perdu, plus que mon papy, je dois arriver à passer au dessus, à vivre avec (ou plutôt sans), et à lui pardonner ce sentiment d’abandon qui s’est infiltré en moi depuis ce 4 juillet 2005. Et toujours cette photo, près de mon oreiller, d’une journée incroyable, une des plus beaux souvenirs de ma vie. Et personne ne peut comprendre, c’était juste nous deux. Et ça le restera, envers et contre tout. Juste qu’il y aura moins de larmes, à présent.

I’m broke but I’m happy :-)
[Hand in my pocket - Alanis Morissette]

N'oublie jamais (The Notebook)


Revu hier, et ce film me fait toujours le même effet.

Histoire de réactualiser le cliché de la fille qui se pâme devant les films à l’eau de rose, fleur bleue au possible. Mais celui-là, vraiment, c’est particulier. Plusieurs raisons.
D’abord, le film, l’histoire en soi. L’époque, les vêtements, ça change.
Et puis Alzheimer, la difficulté de voir ceux qu’on aime perdre la mémoire, je ne connais que trop bien.
Et le souvenir de la première fois que je l’ai vu. Soirée DVD avec les gonzes, entassées les unes sur les autres à renifler devant la télé en s’empiffrant de bonbons. « Ca peut pas se finir comme çaaa! (…) Noooooooooooon pas comme ça non pluuus!« 
Que de souvenirs de cette soirée… Les jeux, les pâtes à 5h du matin, le pop-corn raté (avec de l’huile au basilic, c’est franchement dégueu), les bonbons, le film franchement glauque pour contraster avec celui-ci, puis Requiem for a dream, les vérité-vérité (une soirée entre filles sans y jouer, non mais et puis quoi encore!), les photos pas trop montrables, les phrases pas trop avouables… Elles, toujours. Et tout est tellement différent maintenant. On évolue, dans des voies différentes parfois. Une sur un autre continent, même. Mais on n’oublie pas, jamais. Parce que tous ces moments, ils ont fait que ce lien soit toujours plus fort. Même s’il n’est plus forcément très présent, il reste là, en sourdine. Et on se retrouve, toujours.

Pour en revenir au film, je ne m’en lasse pas. Et si vous n’avez pas un coeur de pierre, je vous le conseille, ça ne fait pas de mal de se laisser attendrir quelques fois. Et pour qu’il prenne toute sa dimension, il faut en comprendre les ficelles, qu’on ne fait que deviner au début, et qui se révèlent vers la fin ; au delà de cette histoire pas forcément possible entre Noah et Allie, c’est cette autre dimension qui rend ce film tout particulier.