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Blabla égocentrique
Changements
7/07/08
Je ne supporte pas les photos de cette période, il y en a d’ailleurs très peu. Et puis hier, on m’en a donné une que je n’avais jamais vue, prise il y a un an, pour le premier anniversaire de Maxouille. Première bougie, premiers pas, premier livre… Cet après-midi est un très bon souvenir.
Il y a un tel chemin parcouru entre ces deux photos, tant d’obstacles franchis… Je ne savais pas si je serais capable de tenir une semaine à l’université, et me voilà maintenant, quelques mois plus tard, avec la réussite de cette première année qui apporte confiance, et espoir. Je suis fière de moi, de ce dont je suis capable, de celle que je suis.
Ce n’est pas simplement un an, c’est un monde qui sépare ces photos.
4 juillet 2005.
4/07/08
Le 4 juillet 2005, mon grand-père est mort, au terme d’une maladie qui l’a complètement changé, une maladie qui m’avait déjà pris le Papy de mon enfance. Aujourd’hui, pour la première fois le jour de cet anniversaire, je vais bien. Je suis seule à la maison et la nuit a été courte pour diverses raisons, mais j’ai le moral, et le sourire. Je me sens bien, vraiment. Même si ce fut difficile ces derniers jours. Parce que la période du 26 juin au 4 juillet est difficile pour moi, chaque année.
Le 26 juin 2005, j’ai appris d’un seul coup que son état de santé était mauvais depuis un mois, qu’il lui restait au maximum 24 à 48 heures à vivre. J’ai alors pris conscience que mes parents avaient pris le risque que je ne puisse jamais lui dire au revoir, pour préserver mes examens et ma semaine à Paris.
Le lendemain, lundi 27, reste mon plus beau souvenir avec lui, même si c’est sans conteste le plus déchirant. Un concentré d’émotions. J’y repense avec les yeux humides, mais avec un sourire sur les lèvres et le coeur apaisé. Ce jour-là, on a fait une photo de nous deux. C’était symbolique aussi, la photographie étant sa passion de toujours. C’est la seule photo que j’ai avec lui, et même si elle choque beaucoup de gens, pour moi elle est splendide. Parce que ce moment avec lui était magnifique. L’espace de quelques minutes, il est redevenu mon Papy, celui qu’il n’était plus à cause d’Alzheimer, même si je suis la seule dont il s’est souvenu jusqu’au bout, la seule qu’il reconnaissait, celle qu’il réclamait. Ce jour-là, même s’il n’avait plus même la force de parler énormément de choses se sont passées, et après cela il s’est enfin apaisé. C’était un moment hors du temps, dont je me souviendrai toujours. Un au revoir magnifique, que je ne peux exprimer par des mots. Et pour moi, c’est tout cela que cette photo représente.
A partir de là, il est resté inconscient ou presque jusqu’à la fin. Mais j’ai continué à passer plusieurs heures par jour à ses côtés, à lui parler. J’ai pu lui dire tout ce que j’avais à lui dire avant qu’il ne parte, et ça me permet de vivre sans regrets.
Finalement, les quelques heures de vie qu’on lui donnait encore se sont prolongées une semaine durant. Le samedi, j’ai décidé que ça devenait trop pour moi, et que je lui avais dit tout ce que je ne lui avais pas dit en seize ans de vie sous son regard protecteur et émerveillé. J’ai décidé que le moment était venu pour moi de lui dire au revoir pour de bon, parce que continuer à venir sans savoir s’il serait toujours vivant quand j’arriverais dans sa chambre m’aurait détruite. Caravane passait dans les couloirs à ce moment là ; chanson que j’ai entendue de nombreuses fois par hasard à des moments symboliques pour lui et moi depuis lors, et qui restera emblématique. Ce samedi-là, j’ai fait mes adieux à celui qui a le plus été un père pour moi. Il est parti dans la nuit du dimanche au lundi, vers 3 heures 15. C’est à 6 heures 04 que le téléphone a sonné à la maison, et j’ai su. C’était un soulagement, parce qu’il souffrait beaucoup. Mais mon monde s’est écroulé. Un jour, j’arriverai à ne pas détourner les yeux quand ces chiffres menacent de s’afficher sur mon réveil – toujours le même qu’à l’époque, d’ailleurs il était à lui, avant.
Il m’a fallu des mois pour me reconstruire, et des moments très difficiles. Mais j’ai énormément avancé en l’espace de trois ans, en partie grâce à lui. Et si aujourd’hui je vais bien, contrairement aux années précédentes, c’est parce qu’il y a deux mois, j’ai enfin commencé à faire mon deuil, à accepter qu’il ne soit plus là et que la majeure partie de ma vie se fera sans lui. Mais le souvenir que j’ai de lui restera, et rien ni personne ne pourra me l’enlever, parce que c’est l’un des plus précieux trésors que je possède. Et même si c’est une période difficile à traverser, elle l’est un peu moins chaque année, et cette semaine-là est ma plus grande fierté, pour tout ce que l’on a pu partager et s’apporter mutuellement.
…
2/07/08
Stop au laisser-aller, place au sourire qui revient :)
…
1/07/08
Attendre, et me refermer sur moi parce que ça ne vient pas.
Ca passera, ça finit toujours par passer.
Le sourire reviendra, bientôt j’espère.
« And all I can do is try »
30/06/08
Mais ici, rien de cela. Un cahier dont les pages se couvrent d’encre bleue, et pourtant, dans ma tête, rien ne change. L’impression de ne pas avoir trouvé les mots pour exprimer ça. Et surtout, c’est une inquiétude qui reste latente, des phrases bien agencées ou la volonté de me prendre en mains jamais ne feront peur à un cancer. Ce n’est pas ça qui ôtera les métastases du cerveau de quelqu’un qu’on aime, même si l’on a jamais été vraiment proches.
Mais bizarrement, ce n’est pas ça que j’ai le plus de mal à supporter. Au contraire. Peut-être le fait de savoir que je ne suis pas impliquée là-dedans, que je ne peux absolument rien y changer. Bien sur j’ai peur. Mais même s’il n’a été diagnostiqué qu’il y a un an, il y a longtemps que cette famille s’attendait à ce cancer. Rémission depuis la fin de la chimiothérapie en novembre, mais je crois qu’un retour de flammes pour la vie qu’il a menée n’est une surprise pour personne. Alors je suis zen. Je n’imagine pas vraiment que ça pourrait mal tourner, et c’est mieux. J’y serai peut-être forcée dans quelques temps, en voyant l’évolution des choses et les résultats de l’opération, mais il sera temps d’aviser à ce moment là – si ce moment se présente. Je ne veux pas qu’une inquiétude irrationnelle vienne gâcher la fierté de tout le chemin que j’ai parcouru, qu’elle vienne entacher ce sentiment tout neuf d’être suffisamment forte.
Alors non, je ne m’inquiète pas particulièrement, une fois le choc passé. Disons plutôt que divers éléments comme celui-là préparent le terrain à des moments plus difficiles, des coups de cafard qui sont plus fréquents pour le moment. Et dans un certain sens, une culpabilité, ou du moins un malaise, du fait d’être plus préoccupée par la raison de ces coups de cafard que par l’état de santé de mon oncle. D’être plus vulnérable à propos de ça. Y penser tellement, sourire pour certaines choses et être triste pour d’autres. Je n’arrive pas à trouver de stabilité dans cette histoire, impression d’être toujours exposée au grand vent, et vaciller à la moindre bourrasque. Si c’était à refaire pourtant, je voudrais que tout se passe de la même façon, ou presque. Je me vois changer de point de vue, je me sens commencer à apprivoiser celle que je suis, m’apprécier telle que je suis, plutôt que toujours vouloir être une autre, et me fuir moi-même, m’effacer à cause du sentiment que moi, seulement moi, ça ne suffit pas. Je prends conscience que je peux avoir de la valeur, mais il a fallu le voir dans les yeux de quelqu’un d’autre pour y croire. Voilà pourquoi je ne reviendrais pas en arrière, même si la situation telle qu’elle est ne me convient visiblement pas. Et c’est probablement pour ça aussi que je voudrais plus, même si je sais qu’il faut que j’arrête d’espérer comme ça, les choses étant claires. Il y a un goût de trop peu, et un goût de « ça pourrait être bien ».
Vacances !
15/06/08
Examens terminés, il était temps… Mais cette année est passée à une vitesse folle. J’ai tellement changé en un an. 17kg de moins, trouver la voie qui me convient, me créer d’autres repères, acquérir peu à peu de la confiance en moi, vivre par moi-même et être enfin celle que je suis vraiment, rencontrer des personnes qui m’ont beaucoup apporté… La rhéto a beau me manquer (et surtout eux), et les souvenirs me rendre nostalgique, ça a vraiment été une bonne année. Beaucoup de progression personnelle, j’ai vraiment évolué dans un sens qui me plait.
Et puis demain et mardi, direction chez champidou, et même voir les autres donzelles infréquentables. Mine de rien j’ai la trouille, mais champi & chou ensemble, ça va être du tonnerre…
« Quoi que l’on pense, où que l’on soit, dans n’importe quel état qu’on est, la nuit, elle, est toujours belle. Toujours belle… »
29/05/08
Même si… Au fond, profiter, toujours. Profiter parce que c’est dur, mais c’est agréable aussi. Profiter parce que de toute façon, quoi que je fasse, je ne pourrai pas changer les choses. C’est comme ça, alors autant faire avec et en tirer tout le positif. Prendre ce que tout ça peut m’apporter, et mine de rien, tout cet inconnu, zone d’ombre que je découvre peu à peu, m’apporte certaines choses. Un peu plus de confiance en moi, en me disant que finalement peut-être que j’en vaux la peine. Pouvoir parler, tout dire librement et comme je le pense. Enfin dans ce cas-ci, c’est plutôt ce que je ressens, et l’écart entre le ressenti et la pensée est perturbant.
Je ne devrais pas, mais je me rends compte que j’espère qu’un jour cette situation changera. Sauf qu’il faut que je me contente de la donne telle qu’elle est maintenant. Heureusement, elle n’empêche pas certaines choses, auxquelles je me suis vite habituée et qui me manqueraient…
…
24/05/08
En examens. Je tiens pour l’instant, j’y arriverai. Je n’atteindrai peut-être pas le but que j’ambitionnais, mais je ferai tout ce que je pourrai pour réussir. Tellement de choses ont changé, cette année. Ma perception de moi, d’abord. Non seulement je sais vivre sans ma maman, mais en plus, je me suis rendu compte que je ne suis pas moins que les autres. Ici, j’ai découvert qu’on pouvait m’apprécier pour moi, pour celle que je suis. Grande découverte que celle de pouvoir rencontrer des gens qui m’apprécient, sans avoir été intégrée parce que je suis la copine de X ou Y.
On peut m’apprécier moi, comme je suis. Ca, c’est nouveau pour moi, encore en équilibre instable… Et pourtant j’avoue que j’aimerais que quelqu’un fasse plus que m’apprécier. Mais ma faible confiance en moi y croit peu. Mais j’aimerais tellement partager des tas de moments de toutes sortes avec quelqu’un. Des moments pour se faire des souvenirs, avoir un passé commun pour vivre le présent et découvrir l’avenir à deux.
J’aimerais que quelqu’un me force à y croire, me prouve que c’est possible. Je ne demande qu’à y croire…et surtout le vivre.
Exutoire
8/05/08
Voilà, c’est fini, enfin pouvoir me consacrer aux examens puisqu’il n’y a « plus que » ça. Une semaine difficile, stressante, épuisante, et je suis tellement à bout.
Mais je dois tenir, ce n’est pas comme si j’avais le choix. Alors je passerai au dessus de ça, comme je suis toujours passée au dessus des obstacles qui se présentaient, même si c’était parfois difficile. J’ai déjà fait tant et tant de choses dont je me croyais incapable, celle là devra en être une autre ; et pas la possibilité de mettre un conditionnel là-dessus, pas de « peut-être » qui tienne.
Et dans toute cette fatigue, un spleen qui revient, des pensées qui tournent dans ma tête, et tout à coup une évidence, alors que depuis plusieurs mois j’avais toutes les cartes en mains pour le comprendre. Pourquoi aujourd’hui, je n’en sais rien. Toujours est-il que depuis quelques années, elle m’a répété plusieurs fois qu’elle avait beaucoup souffert de ne pas avoir été une enfant désirée par sa mère, voire pire. Sauf qu’en fait, elle a fait pareil avec moi.
Certes, le contexte est différent. Mais difficile de ne pas penser qu’elle a fait un gosse sous la contrainte, ou par pitié. Pitié pour un mari en train de perdre la vue, et qui voulait un deuxième enfant. Qui voulait à tout prix avoir la possibilité de voir cet enfant – moi, ou qui que « je » sois finalement – avant de devenir totalement aveugle. Des intentions louables, quelle philanthropie de sa part. C’était quoi, accéder à une sorte de dernière volonté ?
Et puis lui, qui maintenant est totalement aveugle. Que j’ai encore du mal à voir sans ses lunettes, tellement il me parait nu comme ça. Qui aura son chien guide d’ici la fin du mois. Mais j’ai déjà eu un tel choc les premiers mois où je le voyais avec sa canne blanche, je ne sais pas comment je réagirai à la vue du fameux harnais blanc.
Sortir la tête de l'eau
25/04/08
Une grosse crise d’agoraphobie, l’angoisse à l’idée de voir des gens, connus ou non, depuis maintenant cinq jours. Ca n’était arrivé qu’une seule fois dans ma vie, il y a environ quatre ans. Période sombre, parmi d’autre. J’ai pris peur, peur que tout recommence, une fois de plus.
Alors je me suis retirée dans ma bulle. J’ai pris du recul, pour y voir plus clair. Bénéfique, ce n’est pas fini, mais même si l’équilibre retrouvé est encore instable, ça va beaucoup mieux.
Je m’accroche, pour continuer cette année, la finir. Ne pas se projeter trop loin, attendre de voir.

