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Comment parler le belge : un livre à déguster
Voilà un livre de belgicismes que je recommande plus que chaudement ! (« Elle est chaude comme une baraque à frites un soir de kermesse ! »)
Particulièrement goûtu pour les habitants de la région de Charleroi, puisqu’il parle de lieux connus comme Jumet-Gohyssart, le marché noir de Monceau, le judo-club de Couillet-Queue, les lacs de l’Eau d’Heure, la piscine Hélios de Charleroi et, le top du top, la définition du terme athénée parle de l’Athénée de Charleroi, rebaptisé depuis Athénée Royal Ernest Solvay, c’est à dire la chère école de mes études secondaires !
Il y a même une mention de Kiwi Jackson, c’est dire…
(Tout ça me donne envie d’écouter Radio Marcinelle dis donc… Mais on me dit dans l’oreillette que cette formidable station de radio locale a fermé, je ne sais pas si je pourrai m’en remettre.)
Quelques définitions :
Avoir bon
Ressentir du plaisir. Exemples : « Oh, j’ai bon », ou « Oh chérie, j’ai bon à ma quette ». Mais aussi : avoir donné la bonne réponse. Exemple : « Prof ? Prof ? À la question douze, j’ai bon ? » Contraire de « Mertt’ j’ai mauvais ».
Bauyard
Connard, imbécile. Désigne principalement quelqu’un qui vient de faire quelque chose de bête et qui vous dérange. Par exemple, « Hé bauyard, t’as marché su’mpi ! » convient si un importun vous heurte le métacarpe, ou « Tire tu del’voye bauyard » si un paltoquet encombre votre pas. À noter, « Fort Bauyard » peut être utilisé aussi bien pour dire « extrêmement bauyard » que « jeu télé démodé avec nains et tigres que même Patrice Laffont a déserté ». À ne pas confondre avec le « Cheval Bayard », sorte d’emblème statuesque présent dans de nombreuses villes, de Dinant à Dendermonde.
Brol
Trucs qui traînent, bazar, bordel (dans le sens de désordre). On appelle un enfant et on lui dit : « Quand tu auras fini de rentrer le charbon et de repeindre le toit, tu iras dans ta chambre ranger ton brol ! Et dépêche-toi, sinon maman a dit qu’on te renverrait faire le tapin deux heures de plus ! »
Cucuche
Sale, saligot. Terme familier pour qualifier un enfant qui vient de renverser sa pape patta’vautou sur son t-shirt Pokemon. Ou qui a bleffé son Nesquick sur le divan en Alcantara jaune canari qu’on a acheté à crédit dans le catalogue Nekermann.
Encore heureux
Ouf.
Essuie (de/à) vaisselle
Linge de maison servant à sécher couverts, verres et casseroles après qu’on les ait lavés et bien rincés, et que les français appellent torchon (ce qui est ridicule, vu qu’un torchon ça sert à laver par terre, tout le monde le sait). L’utiliser comme essuie-mains, c’est dégueulasse selon certains, moi je le fais et je l’utilise parfois mêêême comme serviette et bavoir. Mis sur la table, ça fait resto italien. Mis sur la tête, ça fait Arabe riche.
Monnonk
Mon oncle — équivalent local de « tonton ». « Maman, je vais aller dire bonjour à Monnonk Georch et Matante Irma. – D’accord ma chérie, mais ne rentre pas trop tard, n’oublie pas que l’infirmière vient à cinq heures pour ton lavement ! ». On peut aussi spécifier la célèbre expression destinée à ceux qui tentent de refaire l’histoire en disant « Oui mais si vous aviez fait ceci, si vous aviez dit cela », qu’on coupe en disant « Si ? Si ? Si Matante avait des couilles, on l’appellerait Monnonk. » (NDLylo : Spéciale dédicace à Monnonk Jean, le frère de ma Bonne-Maman. Merci.)
Mouflette (ou Mouffette, Mické, Snotte, Snottebelle, « un Le »)
Crotte de nez. « Oh merttt’, Mauro a encore éternué, son t-shirt Titeuf est plein d’mouflette. » Parfois, qui pend. On peut en faire des boulettes et les lancer, ou les coller sous la table, ou sur le mur. On peut les faire lécher par le chien. On peut aussi, plus hygiéniquement, les manger. Vive le recyclage.
Skette-braillette
Littéralement, « casse-braguette ». Sketter : casser, briser, rompre. Qualificatif de certains morceaux musicaux qui n’existent plus de nos jours : les slows. Un slow skette-braillette était tellement langoureux et romantique qu’il permettait le rapprochement pelvien des personnes sous les projecteurs et boules à facettes. Nombre d’entre nous avons été conçus lors de sessions fougueuses de rentre-dedans sur le siège arrière de la 404 de papa, suite à un roulage de pelle sauvage et profond pendant un slow skette-braillette. (…)
On y trouve aussi les explications des inévitables termes abi, à pouf, astruquer, balle-pelote, baraki, beniss, canlette, carabistouilles, cliquoter, colau, coumère, didjoss, disbautchi, dringueille, ducasse, evoy, frigolite, galaffe, godiche, ket (à ne pas confondre avec quette), kwistax, makka, mijolle, narreux, nom di dom, non peut-être, oufti, pourcha, pour finir, quetter, rabouloter, racusette, rawette, séééss, si fait, sin d’jeu, six-quatre-deux, speppieux, shpitroulle, en stoemeling, tchouler, tirer son plan, toquer, toudi, vitoulets, vogel pick, et bien d’autres encore.
« Oh Kimbèrlè qu’est-ce que tu as fait ?? Mais on ne peut pas faire des caraboutchats sur le papier-peint d’à Matante ! »
« Oh j’ai co fait din m’culotte. – Mais enfin, Laurence ! »
« Aïe ! Ça n’va né, baraki ?? – Quoi ? – Mais tu m’as lancé un parpin sur mon pied ! – Pffouuuu qu’t'es nounouille ! »
« Elle a fait du break dance sur sa tête et en tournant elle a accroché la casserole de bolo avec ses longs pieds, et il y en a eu patta’vautou dans la cuisine. Qué cucuche ta cousine ! »
« Rire c’est rire, mais pischi sul dos dè’s'grand-mère et dire qu’elle transpire, ça, ça n’est plus rire ! »
« Waaaati regarde là, la fille, qué des grosses loches ! »
Comme on peut s’y attendre, c’est surtout drôle quand on connaît les termes et la façon dont ils sont employés (intonation, accent, etc.), d’autant plus quand, comme moi, on a des grands-parents qui en utilisent la majorité au quotidien.
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Retrouvez tout ça dans Comment parler le belge (et le comprendre, ce qui est moins simple) de Philippe Genion, édité chez Points, 10€.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Aurore le 17 juillet 2010 à 22 h 30 min, et placée dans À lire. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |


about 1 year ago
Essui… Je suis encore traumatisée du regard de ton regard et de celui de ta famille quand j’ai dit serviette.
about 1 year ago
Ha, à La Louvière, le « patta vautou » c’est plus « patta vau tou costés » :p
C’est marrant, il y a des mots dont j’ignorais qu’ils étaient des belgicismes. Dommage que ce soit plus Charleroi, j’aimerais tant un livre « Parler le louviérois » avec les expressions comme « chucher » ou « sketter un chuche », « schcouler », « guinze », etc. !
Mais ça doit être super drôle quand même, les extraits que tu as mis me donnent l’eau à la bouche :D noudijeu que ça c’est un bon livre sèèss !
about 1 year ago
Moi je n’avais jamais entendu « patta vautou » ni rien d’approchant, en fait. Par contre, « guinze », c’est dans le bouquin, d’ailleurs ça m’a fait penser à toi ! :D