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Je ne veux pas que tu t’en ailles
Hier, elle a eu 83 ans. Quand je suis arrivée lui souhaiter un bon anniversaire, elle s’est mise à pleurer dans mes bras. Jamais elle n’avait fait attention à ce jour plus qu’à un autre, avant. Elle a peur de ne plus être là, la prochaine fois. Depuis quelques semaines, elle tient des propos qui me font peur, bien sûr elle a beaucoup vieilli ces derniers mois, mais je veux continuer à faire l’autruche. Elle n’est plus la même depuis ce jour de mai 2006 où j’ai cru la voir mourir sous mes yeux, où l’on ne savait pas si l’ambulance arriverait à temps, où le médecin m’a dit ne pas savoir si elle survivrait jusqu’à l’hôpital. Mais si, elle y est arrivée, elle a tout vaincu. On a fini par lui mettre un pacemaker, qui l’a fait aller beaucoup mieux. Mais depuis quelques mois, elle va de plus en plus mal. Elle était restée au top pour quelqu’un de son âge, et finalement sa santé chute d’un coup, trop vite.
Jamais elle n’avait eu peur de la mort, tant qu’elle restait loin. Mais je sais que cette fois ce n’est plus pareil, son discours a changé et ça me terrifie. Depuis toujours, de mes quatre grands-parents, c’est d’elle dont je suis la plus proche, plus encore que de Papy. Quand j’habitais encore Jamioulx, je la voyais presque tous les jours. Elle m’a gardée et chouchoutée des centaines d’heures, encore et encore. Jouer aux cartes, manger des crêpes, la bouillotte sur mes pieds et la couverture qu’elle déposait sur moi pour que je n’aie pas froid. Ses repas infâmes et ses frites délicieuses. Les déguisements qu’elle me cousait pour le carnaval, mes dessins accrochés sur ses murs.
Cette année, elle avait les larmes aux yeux chaque fois que je la voyais. Elle s’est mise aux sms qu’elle m’envoyait régulièrement à Bruxelles, alors qu’en huit ou neuf ans elle n’avait toujours pas réussi à se servir de son gsm. Des photos, toujours des photos qu’elle regarde tant qu’elle pourrait les user. Lui imprimer des photos de tout le monde, comme si elle voulait s’entourer de nous, même sur des images qui recouvrent les murs de sa cuisine.
Jamais elle n’avait eu peur de la mort, tant qu’elle restait loin. Mais je sais que cette fois ce n’est plus pareil, son discours a changé et ça me terrifie. Depuis toujours, de mes quatre grands-parents, c’est d’elle dont je suis la plus proche, plus encore que de Papy. Quand j’habitais encore Jamioulx, je la voyais presque tous les jours. Elle m’a gardée et chouchoutée des centaines d’heures, encore et encore. Jouer aux cartes, manger des crêpes, la bouillotte sur mes pieds et la couverture qu’elle déposait sur moi pour que je n’aie pas froid. Ses repas infâmes et ses frites délicieuses. Les déguisements qu’elle me cousait pour le carnaval, mes dessins accrochés sur ses murs.
Cette année, elle avait les larmes aux yeux chaque fois que je la voyais. Elle s’est mise aux sms qu’elle m’envoyait régulièrement à Bruxelles, alors qu’en huit ou neuf ans elle n’avait toujours pas réussi à se servir de son gsm. Des photos, toujours des photos qu’elle regarde tant qu’elle pourrait les user. Lui imprimer des photos de tout le monde, comme si elle voulait s’entourer de nous, même sur des images qui recouvrent les murs de sa cuisine.
Je ne sais pas comment je réagirai, le jour où… J’ai toujours occulté ça, comme si croire qu’elle serait toujours là rendrait ma Mamy immortelle.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Aurore le 22 août 2008 à 18 h 46 min, et placée dans Blabla égocentrique. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |

about 3 years ago
C’est très beau, les mots comme la photo.
Kenza
(je n’ai pas oublié les photos)